Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

« Dis, Mutti , as-tu connu les parents de Opa ? »

« Non, tu vois ton grand-père (Théodor Eilenbrock né le 27/7/1872 et décédé le 24/11/1966) était très jeune quand il a perdu ses parents. Il avait 3 ans à la mort de son père (Anton Eilenbrock) et 9 ans à la mort de sa mère (Christine Geile). Ils étaient 5 enfants et ont été élevés par des oncles et tantes Mais tu sais, il ne parlait jamais beaucoup de son enfance »

« Tu m’avais raconté que son père avait construit une petite maison à Byfang (dans la Ruhr) et que Opa était né dans cette maison. Tu m’as aussi dit que c'était l’aîné qui héritait des maisons. Comme c’était Elisabeth qui était l’aînée, je suppose qu’elle a hérité de cette maison. Ou bien l’ont-ils revendue pour se partager l’argent ? »

« Non, cela ne se passait pas du tout ainsi à l’époque. C’est l’ainé des fils, Herinrich, qui a eu cette maison.

« Comment ça? c'est Heinrich qui a eu la maison?  »

« Non seulement cela ne se passait pas comme maintenant, mais plus tard, Opa a fait de même avec nous, ses enfants »

« Je ne comprends pas, Mutti »

« Annemarie, as-tu entendu parler des 3 K ? »

« Non. »

« Tes arrières grands-parents ont vécu à la période de Kaiser Wilhelm II. (L’empereur Guillaume II). Pour lui les femmes avaient un rôle bien précis : à l’Eglise (Kirche), à la cuisine (Küche) et auprès de ses enfants (Kinder) Ce sont les 3 K. On pensait que la place d'une femme était chez elle, à la maison. Elle était sous l'autorité du père, puis sous l'autorité du mari. Elle n'avait pas besoin d'éducation. C’est ainsi qu’Elisabeth n’a pas hérité de cette maison si elle était l’aînée, ce n’était pas son rôle et elle n’avait pas à être plus importante que son mari. »

« Mais ensuite, quand Opa est mort, tu aurais dû hériter de sa maison, toi aussi. En 1966 les femmes ont quand même acquis plus de droits, non ? »

« Détrompes toi. Je vais te raconter.

Papa s’est marié une première fois avec Elisabeth. Le père de sa femme lui a alors donné à lui, et pas à Elisabeth, un terrain pour qu’il y construise sa maison et puisse y exercer son métier de cordonnier et y avoir un magasin de chaussures dont, elle, allait s’occuper. C’est ce qui s’est passé.

 

Mais Elisabeth est morte jeune. Ils avaient 5 enfants. Ma mère tenait le magasin d’alimentation à côté et elle a épousé mon père et s’est occupé des 5 enfants.

Puis mon frère jumeau et moi sommes venus au monde. Papa a alors fait un testament… qui crois-tu qui allait hériter de la maison ? Le seul fils du premier mariage, Hugo, était mort à la première guerre mondiale. ET bien le testament stipulait que c’était Günter, mon jumeau qui aurait la maison. Cette maison sur laquelle les enfants du premier mariage auraient dû avoir plus de droit encore, puisque le terrain venait de leur grand-père maternel. Le seul petit progrès par rapport à son père Anton, fut que tous les autres enfants, dont moi, eurent un petit dédommagement financier de la part de mon frère jumeau.

Mais c’est là que vient le clou. Ton oncle, sans même m’en parler, donna l’argent à ton père qui voulait ouvrir une école Berlitz. Je ne le sus que bien plus tard. »

« mais Oma, travaillait, elle avait un métier, était indépendante et quand elle a épousé Opa, elle a tenu le magasin de chaussures de manière indépendante et s’occupait de tout. C’est donc que les choses avaient changé , non ?

 

« Tu n’as pas tort, mais Opa lui devait beaucoup, elle avait élevé 5 enfants qui n’étaient pas d’elle. Et elle avait un caractère fort. Mais nous vivions sous Hitler, qui avait repris à son compte les 3 K. Il ne parlait plus d’Eglise, les 3 K devinrent deux K. Elever les enfants, rester chez elle dans sa cuisine, était toujours le rôle dévolu à la mère. Il avait même créé pour la mère allemande une croix du mérite. Comme sous Guillaume II on pensait toujours que la femme n’avait pas besoin d’éducation, que sa place était dans son foyer. Elle était toujours sous l’autorité de son père, puis de son mari. Pourtant après Guillaume II elles avaient obtenu plus de droits et de liberté. Elles ont pu faire des études secondaires et ont eu le droit de vote. Mais l’arrivée au pouvoir d’Hitler y mit un terme final.

 

 

 

Pour en revenir à mon père, après mon certificat de fin d’études, j’avais très envie de faire des études. De la part de mon père ce fut un non catégorique. Il me dit que cela ne servirait à rien, que j’allais de toute manière me marier et avoir des enfants, qu’il en était ainsi pour toutes les femmes.

J’allais donc travailler comme secrétaire. Mais comme l’idée ne me quittait pas, maman intervint et j’eu le droit de m’inscrire dans une école de langues. Ce n’était pas sans danger. Car Toutes celles qui faisaient des études, peu importe lesquelles, risquaient d’être envoyées près du front dans des usines d’armement où Hitler voulait bien qu’une femme travaille »

« Et bien Muttil, tu as dû te sentir frustrée… »

« Oui, et avec ton père ce n’était pas gagné non plus. Ce n’est que bien plus tard qu’il accepta que je vienne le seconder dans son école. Mais il a toujours tenu à ce que tous ses enfants fassent des études et n’a pas fait de différences entre ses filles et ses garçons. Et Günter, s’il a reproduit pour la maison la manière de faire de son père, puisque c’est son fils qui en a hérité à son tour, il a quand même fait en sorte que ses filles aient un métier, et le leur a laissé même choisir

Opa Theodor et Oma Anna avec mon frère Günter et moi même (Irmgard)

 

 

avec Günter et maman le jour de la rentrée des classes devant notre maison

Partager cet article

Repost 0